fraternité

Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça mais à chaque fois je fonce tête baissée…

On vient me questionner sur ma religion, en principe cela commence gentiment, on me demande « si c’est pas trop indiscret » pourquoi je me suis converti, alors j’explique pourquoi, toujours avec plaisir… puis ça commence à déraper un peu lorsque l’on me demande (quasi-systématiquement) si j’ai rencontré mon épouse avant ou après ma conversion… et là je commence à sentir que la personne qui me pose des questions doute que l’on puisse trouver la foi sincèrement, sans être « contraint » ou encouragé par quelque chose d’autre qu’un intérêt purement terrestre, comme si d’ailleurs l’amour ne pouvait être qu’une excuse, jamais un moyen que Dieu utiliserait pour nous faire venir à LUI… pas de bol j’ai rencontré mon épouse environ 5 ans après ma conversion, et pourtant c’est bien par l’amour des autres, mes frères et mes sœurs fillah que j’ai ouvert mon cœur et mon esprit à l’Islam…

Les minutes passent, les mots affluent et soudainement nous y voilà : de petits mots, puis de grandes phrases faites de clichés, d’amalgames, d’erreurs et de contre-vérités plus ou moins volontaires, font irruption dans le discours de mon vis-à-vis et moi je fonce encore et toujours,  j’argumente, je souris mais je contredis, j’apaise ma voix mais je ne cède en rien aux théories fumeuses que l’on m’oppose, et une simple soirée chez un ami se transforme alors en débat aussi passionné qu’inutile avec un parfait inconnu…

Parfois j’aimerais qu’Allah me donne la force de ne pas répondre, de me contenter de sourire devant tant d’inepties, mais non c’est plus fort que moi, je me dois de répliquer, avec le fol espoir que peut-être à la fin de cet interminable et stérile échange, mon interlocuteur y verra plus clair et fera évoluer un tant soit peu son raisonnement et son esprit étriqués comme une cellule de bagnard…

Mon optimisme me tuera d’épuisement un jour, c’est la certitude qui m’assaille lorsque la soirée est achevée… Alors, je rentre et je retrouve les miens, et je me dis que tout ceci était bien inutile, que finalement il semble bien dérisoire de sortir pour aller défier une armée d’ignorants qui n’ont de toute manière aucune envie d’apprendre, qu’il est dangereux et inutile de se fatiguer à vouloir convaincre des gens qui n’ont pas envie de faire l’effort de penser autrement, ceux-ci sont pourtant les fervents défenseurs d’une certaine autonomie de pensée qui, ils s’empressent de me le faire comprendre, est tout à fait incompatible selon eux avec la croyance en un dogme précis, tout du moins religieux… Ils en arrivent à fustiger ma prétendue rigidité d’esprit, moi le pauvre imbécile, crédule car croyant à autre chose que le tangible univers dans lequel nous nous vautrons un peu plus chaque jour… Et pourtant est-ce que je ne prouve pas la vacuité de leur argument en m’asseyant en face d’eux et en faisant l’effort de converser ?

A quoi bon ? Je suis fatigué de lire, d’entendre et de constater tant de mépris, tant de moquerie de la part de gens qui n’ont pas le quart de mon vécu, de ma volonté d’apprendre et par conséquent le quart de mon maigre savoir…

Alors je rentre et je me promets de ne plus recommencer, de décliner poliment une prochaine invitation à ce type de soirée que je vis de plus en plus comme un traquenard, même si je sais que mon hôte ne le prémédite pas, loin de là… où quoi qu’il en soit je sais que j’apercevrais deux personnes qui comptent pour moi et une dizaine d’autres pour qui je ne ressens que de l’indifférence… Je rentre chez moi et je me promets d’y rester et de n’en sortir que par nécessité, celle de travailler ou d’accomplir quelque tâche indispensable, je rentre chez moi et je me promets de n’en sortir qu’en compagnie des miens, de ceux que j’aime, de ceux qui me respectent, moi et tout ce qui fait que je suis moi, je me promets de ne sortir qu’en bonne compagnie, la meilleure compagnie…

« Fais preuve de patience [en restant] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier ». Coran, Sourate 18, verset 28.

 « L’homme a la religion de son khalil (ami proche), prenez garde de bien choisir vos amis. » Hadith rapporté par Abou Dawoud et At-Tirmidhi.

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4 Responses


  1. Lili on 22 Mar 2013

    Salam. Je lis. Et comme d’habitude je comprends.
    Mais si certains se convertissent grâce (à cause) de la religion de l’autre. Pourquoi ça ne serait pas le musulman qui suit l’idée du non musulman ?
    … Fitna !

    Pour le reste. C’est fou comme on continue à vivre au même rythme. Moi aussi je me pause de plus en plus la question de l’utilité des amitiés hors islam.
    Mais même si c’est dur et compliqué (parce que nous sommes des passionnés) il faut continuer, persévérer.
    Ne jamais désespérer.
    On ne sais jamais ce que donnera demain, une graine plantée aujourd’hui. Al Ihsen = toujours donner le meilleur exemple.

    SalamWalikom

    • Salam Aleykoum,

      Je suis d’accord avec votre commentaire. Les résultats de ces conversations épuisantes se feront peut-être sentir plus tard Incha Allah. Chaque conversation et chaque experience est une pierre de plus… Pour certaines personnes en tout cas!

      Il me semble qu’en temps que convertis nous avons une sorte de responsabilité, un rôle « passerelle » à jouer.

      Après il faut bien sur trouver un équilibre entre notre rôle d’exemple et de propagateur de l’Islam et notre bien-être spirituel personnel. Inutile de se rendre malheureux pour les gens vraiment obtus…

      J’espère un jour assister à la conversion d’un de mes amis non musulmans Incha Allah. Mais nous ne sommes pas les décideurs en cette matière…

      • YacineD on 23 Mar 2013

        Salam aleykoum,

        entièrement d’accord avec cette notion de passerelle (que j’ai d’ailleurs tenté d’évoquer dans d’autres posts comme celui de « la famille du converti » part.1 et 2), j’ai toujours envie de montrer à quel point mes choix ont été et sont synonymes d’apaisement et de sérénité, mais la fatigue prend parfois le dessus, qu’Allah nous rende plus patient à mesure que le temps passe incha’Allah.

        Wa salam aleykoum,

    • YacineD on 23 Mar 2013

      Salam aleykoum Lili,

      Pourquoi ce ne serait pas le musulman qui suit la voie de l’autre ? Autant je suis pour le dialogue inter-religieux, autant la vie m’a appris que discuter avec un athée revient à se cogner la tête contre un mur… le suivre sur quelle voie ? Celle du néant ?
      En fait ce ne sont pas mes amis non musulmans qui sont visées dans ce post mais plus des gens que je peux croiser au détour d’une soirée, d’un travail, etc… et là on est d’accord pour dire que je devrais les ignorer mais comme je le dis dans mon post, j’ai du mal à laisser dire des choses insultantes sur ma foi, ma communauté et ma religion… la vraie solution reste la patience, car Allah aime les endurants…

      Wa salam oukhti !