timthumb.php

Nous y voilà ! Une douzaine de lunaisons plus tard, le mois béni de Ramadan frappe à nouveau aux portes de notre quotidien…
Qu’il est triste de se dire que pour beaucoup d’entre nous, ce mois nous sert de correctif alors que notre comportement devrait être constant tout au long de l’année ! Mais hauts-les-coeurs ! Tâchons justement de ne pas bouder notre joie de voir qu’une fois encore notre Créateur nous a laissé l’opportunité de faire pénitence, d‘accomplir l’un des 5 piliers de notre religion et surtout de nous servir de celui-ci comme d’un tremplin pour faire décoller plus haut que l’an dernier (et moins que le prochain incha’Allah) notre foi, notre attitude et notre intellect au service de la compréhension de Son Oeuvre.

Bien sûr, ce mois sera également synonyme de fatigue, d’efforts physiologiques et psychologiques mais quelle saine fatigue alors ! Nous allons également pouvoir agrémenter notre collection de remarques au mieux simplettes, au pire délibérément malignes de la part de certains de nos concitoyens mais prenons une fois encore les choses du bon côté : instruisons les ignorants curieux et ignorons les imbéciles convaincus, pensons plus haut, pensons plus loin… pensons à nous, pensons à Lui…

Pour certains d’entre nous, le jeûne semble parfois vécu comme une contrainte plus qu’une une purge salvatrice.
Il s’agit pourtant bien du meilleur chemin pour échapper à ce monde après lequel nous courons toujours plus vite le reste de l’année et que nous ne réussirons finalement jamais à saisir totalement.
À ceux-là, j’aimerais tout particulièrement m’adresser aujourd’hui en leur racontant une histoire : celle d’un jeune homme qui « au hasard » de sa vie rencontra l’Islam et dû avant même de prononcer la Chahada aller chercher ce qu’il avait enfoui au plus profond de lui sans même en avoir réellement conscience. Comme une eau précieuse et rare car pure et fraîche, le jeûne lui permit de puiser cette onde qui n’avait alors jamais vu la lumière du jour… paradoxalement, c’est bien la soif qui lui permit de désaltérer son âme.

Alors que ce garçon s’interrogeait sincèrement mais peut-être avec trop peu d’assiduité sur le monde qui l’entourait et sur l’origine de ce dernier, Allah SWT lui donna l’opportunité de faire un bond en avant considérable dans sa quête de Vérité.
Le mois de ramadan avait commencé depuis quelques jours, mais étant seul et très doué pour se trouver des excuses afin de mieux emprunter le chemin de la facilité, le jeune homme n’avait même pas tenté de jeûner… il aurait pu, et étant donné l’état de ses connaissances sur le sujet il l’aurait probablement mal fait, mais l’intention l’aurait emporté sur le reste, mais non, il restait là, en compagnie de cette semi-frousse / semi-paresse qui le caractérisait alors.

Grâce à Dieu, il fut invité par des amis musulmans à venir passer quelques jours en leur compagnie et répondit favorablement à cette invitation.
Il arriva un soir, tard dans la nuit et dès le départ, les choses furent très claires : ils allaient jeûner le lendemain comme ils le faisaient déjà depuis quelques jours mais rien ne l’obligerait à les suivre. Le discours était sincère, il l’avait bien senti, mais une remarque maladroite et non-intentionnelle avait toutefois été prononcée, et cette remarque le piqua très fort, là où cela lui faisait alors le plus mal : à ses racines, celles qu’il n’avait pas, ou plutôt celles qu’il avait cherchées et trouvées pour finalement ne pas s’en satisfaire.
« Tu n’es pas obligé de le faire, tu n’es pas musulman »… c’était cette phrase qu’il avait prise comme un défi. Il n’était pas musulman, ça il le savait mais il avait commencé à apprendre des choses sur le sujet, il avait même pris certaines résolutions en accord avec la sagesse de cette religion, mais il n’était pas musulman… mais qui pouvait-il donc bien être dans ce cas là ? Il n’en savait plus rien depuis quelques temps maintenant.

Puis vint l’heure du Sahur, le repas que prennent les jeûneurs avant que les premières lueurs de l’aube n’apparaissent. Il se leva et prit un grand plaisir à s’attabler avec ses amis, tout le monde avait beau être mal réveillé, le plaisir d’être ensemble était presque palpable, l’appétit était également bien présent malgré la manque d’habitude de son estomac à consommer un repas si tôt dans la journée.
Puis vinrent les heures de jeûne, c’était la soif bien plus que la faim qui se fit insistante. À cette époque, le mois de Ramadan n’imposait pas d’énormes efforts puisque les jours étaient courts, l’heure d’hiver aidant. Mais quand bien même, c’était la première fois que le futur converti s’abstenait de manger, de boire et restait toute la journée avec des musulmans qui consacraient tant que possible leurs activités à ce mois béni. Et lorsque fut venu l’heure de rompre le jeûne, le jeune homme ne ressentait plus la faim ni la soif, il avait presque oublié qu’il se privait depuis plusieurs heures… et lorsqu’il but les premières gorgées d’eau, lorsqu’il avala la première bouchée de datte, il lui sembla qu’il buvait et mangeait pour la première fois de sa vie !

Ces mots peuvent sembler exagérés, mais en vérité voici ce qu’il ressentit alors, et plusieurs années après, il s’en souvient comme si cela s’était passé hier. Il comprit une chose extrêmement importante à cet instant : c’est en brimant volontairement et raisonnablement son instinct qu’il se rapprocherait de Dieu et qu’il prendrait d’autant plus conscience des dons extraordinaires qu’Il lui faisait chaque jour.

Puis vint le moment de revenir chez soi, loin de ses amis, après plusieurs jours de jeûne effectués en leur compagnie. Qu’allait-il faire ? Allait-il abandonner ? Jeter l’éponge au beau milieu de cette course vers le Salut ? Il commença par prendre une décision concernant le jour de son voyage, il n’avait que deux heures de trajet assis confortablement dans un TGV, non il ne romprait pas son jeûne. Il avait peur au fond de lui de ne pas trouver le courage de recommencer le lendemain s’il s’arrêtait, même avec la permission de Dieu. Puis le lendemain il se leva pour faire le Sahur… et les jours passèrent jusqu’à la fin du mois. Il y était parvenu ! Seul sans musulmans autour de lui il avait tenu bon ! Mieux que ça ! Il avait vraiment pris du plaisir à se rapprocher ainsi de Son Créateur.

Bien entendu, ce qui lui posa le plus de difficultés ce ne fut ni la faim ni la soif, mais bien la solitude… Ses amis l’appelaient chaque jour pour prendre de ses nouvelles et se réjouir de sa volonté de jeûner mais au moment du Ftor, au moment du Sahur… ce n’était pas si amusant que lors des longues soirées passées en leur compagnie.
Mais peu importe, il retirait une certaine fierté du fait qu’il fut capable de jeûner dans ces conditions, il pensait aux millions d’autres jeûneurs qui devaient endurer en plus de la solitude des conditions de vie bien plus précaires. Il avait la sensation de le faire vraiment pour Dieu et non pas de subir l’influence de quiconque. Et lorsqu’il sortait en journée dans la rue, il scrutait toute personne qui pouvait potentiellement être un jeûneur et s’en approchait par la pensée, il se répétait sans cesse « Je ne suis pas seul, à cet instant des milliards de personnes à travers le monde jeûnent en même temps que moi pour la même raison… » et cela provoquait en lui un apaisement difficile à exprimer avec des mots.

Le jour du Aïd, il n’alla évidemment pas à la Mosquée, il ne savait pas prier, n’avait jamais prononcé la Chahada et aurait de toute manière été bien trop impressionné pour s’y rendre seul… Mais comme c’était un jour de fête il avala un énorme petit déjeuner,  il s’habilla avec ce qu’il avait de plus neuf et élégant, il sortit de chez lui et marcha dans la rue. C’était un dimanche d’automne froid et gris mais peu lui importait, il salua tous les passants qu’il croisa alors, certains l’ont probablement pris pour un simple d’esprit ou un type un peu paumé dans sa tête, mais finalement c’est ce qu’il était : il avait accédé à la simplicité de l’âme qui mène à la joie, et il était aussi un peu perdu maintenant que le mois était achevé.
Quelle était la prochaine étape ? Il n’en savait encore rien mais il avait déjà hâte d’y être…

Il y a peu de chance que tu aies vécu ton premier Ramadan de cette manière, surtout si tu es né dans une famille musulmane. Mais en ces jours qui se présentent à nous, tâchons de nous souvenir de ce que nous avons ressenti la première fois que nous avons jeûné, la première fois que nous avons réellement compris ce que ce mois signifiait concrètement et spirituellement.

Mon frère, ma sœur, avant de te laisser et de te souhaiter un mois plein de bonheur et de ressourcement spirituel, et que tes prières et ton jeûne soit agréés par Notre Créateur le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; j’aimerais te faire une confidence : Tous les ans et malgré plusieurs années de pratique, à un moment lors de ma première journée de jeûne, un doute effroyable m’assaille : Et si cette année je n’en étais pas capable ? Et si jamais je n’en avais pas la force ? Je sais au fond de moi que ce moment de doute ne durera qu’une fraction de seconde, alors je fais la du’a qui s’impose (A’oudoubillah mine Shaitane Rajime) et mon angoisse s’envole et ne revient jamais.
Curieusement, j’apprécie à sa juste valeur cet instant de doute, il me rappelle même plusieurs années après que je ne réussirai rien sans l’aide d’Allah SWT et que l’on n’a jamais atteint son objectif jusqu’à ce qu’Il Le décide… puisse cette pensée m’accompagner plus régulièrement et pas seulement lors de ce mois béni.

Ramadan Moubarak à tous mes chers frères et sœurs fillah !

T'as aimé ? Alors partage !

Étiquettes : , , , , ,

2 Responses


  1. Amel H on 24 Juil 2013

    j’aime beaucoup votre blog, j’y viens régulièrement y rechercher de quoi me donner de l’ardeur.
    j’apprécie vraiment votre vision « haute » des choses, tout en racontant des choses simples, du quotidien.
    le seul point « négatif » est la fréquence des articles, mais c’est un reproche assez égoïste, je le sais.

    • YacineD on 25 Juil 2013

      Salam aleykoum,

      merci pour votre commentaire fort sympathique, je ne peux évidemment qu’abonder dans le sens de votre critique, j’essaie en effet de poster lorsque l’envie et l’inspiration me saisissent au milieu d’une vie professionnelle et familiale débordante d’activités al hamdulilah ! Toutefois, Je peux déjà vous dire qu’il y aura du neuf dès demain incha’Allah !
      Barakallahou fik, Ramadan kareem !

      Wa salam aleykoum !